05-07-2024
Ecrins
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Non
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Je le savais, Jean-Luc est un homme pétri de qualités. Une partie de sa culture est issue des Pyrénées-Orientales. Nous avons des points communs : nous nous entendons bien avec une certaine V. (lui encore mieux que moi). J’ai découvert ce jour qu’il est aussi (sans surprise) un super camarade de cordée.

Il s’était aimablement laissé convaincre la veille : nous ferions À tire d’Ailefroide (5c) dans le secteur de la Fissure. L’avenir appartient à ceux qui se lèvent tôt et, à notre arrivée à 9h passées, une chenille d’attente s’est formée au pied de la voie. Aucune autre voie du secteur ne convient en termes de niveau. Après avoir feuilleté le facétieux guide de l’Asso Topos Cambon, nous choisissons le secteur Raclure et la voie Tête à Ressorts. La première longueur est en 6b, je m’en sortirai bien en second, et le reste couvre un large spectre de 3c à 5c.

Malgré le topo, nous trouvons rapidement le départ de la voie. Jean-Luc a fait fonctionner ses neurones et son expérience : la topographie du terrain indique que nous sommes au bon endroit. Une fois installés, il remarque une inscription bleue presque effacée : c’est le nom de la voie.

Il démarre dans le 6b. Quand mon tour arrive, les microgrammes de magnésie qu’il a laissés sur son passage me désignent les prises de main. Grâce à ces indices, je tire sur une dégaine et demie seulement. C’est de la grimpe fine et agréable sur dalle.

Trois longueurs plus loin, je m’attelle à une 5c en tête. L’un des derniers pas me donne l’occasion de plonger ma main droite dans la toile d’une araignée. Elle est probablement restée au fond du petit bac, j’espère qu’elle ne m’en veux pas. Juste avant le relais, je transpire un gros coup : ma main droite a tenu juste assez longtemps pour que la gauche la rejoigne. Adrénaline.

Jean-Luc enchaîne sur une 5c dont le topo, décidément amusant, a qualifié le premier pas de « peut-être 6a ». Mon compagnon le passe avec élégance. Mon style de second sera patatoïde et pendulaire. Je termine la longueur avec des muscles un peu tétanisés et un mental un peu entamé.

J’enchaîne avec la 3c, très végétale. Il est convenu que je continuerai afin de faire une deuxième et dernière 5c en tête. Je prends quelques minutes de repos et de grignotage afin de confirmer la décision. Je me convaincs de continuer : ça m’obligera à bien me placer et à aller assez vite. La longueur est globalement agréable, sans difficulté particulière. L’avant-dernier point me tend un piège. Au-dessus de moi à gauche, il me suggère de l’approcher directement. Pied ou main foireux, je ne sais. Je vole. Au bout d’1,5 m, je trouve le temps long et signale le problème avec tout l’air que je peux expulser de mes poumons. L’assurage aux petits oignons de Jean-Luc, malgré le mou relatif, m’arrête quelques dizaines de centimètres plus bas. Il était temps, la vire d’en-dessous n’était plus très loin. L’ocytocine est, entre autres, l’hormone de la confiance.

C’est reparti, avec un petit crochet par la droite cette fois. Le pas est finalement aisé. Relais final. Il ne nous reste plus qu’à marcher sur la plateforme jusqu’au relais de rappel.

Une fois de plus, Jean-Luc est prêt à repartir bien avant moi. J’ai deux temps de retard. Il doit être du genre à manger un sandwich tout en remettant ses peaux de phoque, à la JC.

La voie n’est pas majeure, commente Jean-Luc à ce moment-là. Pour ma part, je la trouve mémorable par les difficultés franchies. Et il reste la descente.

J’installe le rappel. Il se fait principalement en fil d’araignée, c’est toujours impressionnant. Nous troquons nos chaussons pour nos chaussures.

Nous sommes au pied du secteur école E13. Il reste à cheminer sur une sente, sécurisée par quelques cordes fixes, avant de rejoindre le sentier de la Draye. C’est en tout cas ce que suggère le topo.

En réalité, E13 désigne plus probablement le niveau d’exposition de la sente. Le topo est muet à ce sujet. Je m’interroge. Ceux qui ont créé l’accès à ce secteur école et le topo y afférent sont censés être des gens responsables.

L’option rappels (au pluriel) est probablement meilleure.

Une fois le sentier atteint et ce citron presque oublié, nous nous dirigeons vers l’ultime et grosse orange de la sortie. Jean-Luc a testé la veille le restaurant snack Ailechaude, juste à la sortie du sentier. Il recommande d’y faire une pause, quelle bonne idée ! L’accueil est charmant et nous dégustons d’excellents petits plats méditerranéens, accompagnés d’une boisson relevée au gingembre. Si quelqu’un connaît l’hormone sécrétée quand les papilles sont contentes, ça m’intéresse.